samedi, 05 mai 2007
Carnet de beautés...
Extrait de l'article dans
"Le Matricule des Anges" :
"Le Matricule des Anges" :
" CARNET DE BEAUTES
Tout en papillonnage étincelant et voluptueuses volutes, Frédéric Clément fait l'éloge de ces sompteux détours où se condensent désir et plaisir.
Drôle de papillon que ce Zérène ainsi que l'a surnommé François Boucher, le "peintre des Grâces", son professeur et maître qui savait si bien faire monter le rouge aux joues de ses jeunes filles, et qui collectionnait les papillons. D'où ce surnom dû aux éphélides constellant le visage de l'élève et évoquant la phalène mouchetée ou Zérène du groseillier. Peintre miniaturiste itinérant, il est mandé en l'été 1764, au château de la marquise des Ailleurs, jeune veuve pour y faire le portrait de sa famille. Mais la marquise est exquise, et d'une séance de pose à l'autre se tisse vite une relation de Zérène papillote, papillonne, ne sait plus où poser son regard, est ébloui d'éclats, de fards, de toilettes. Dentelles, rubans, mouches enjôleuses, bouillonnements de mousseline, tourbillons de parures ... Face aux merveilles de ce corps flambant de tous ses feux, son émotion se transforme en émeute. Les appas qui le hantent, et qu'il offre à notre gourmandise, il les caresse de ses pinceaux polissons, et Elle, il l'aquarelle, de jour comme de nuit, avec tant d'impatience et d'ardeur que la Marquise se sent vite "abordée de toute part, griffée, sabrée, bousculée, renversée par (ses) crayons corsaires et (ses) pinceaux pirates". Alors elle lui lance un défi. Elle ne sera à lui que s'il lui rapporte des îles de cette mer de Chine qui la font tant rêver, "des bouts, des brins, des grains de beautés" témoignant des voluptueux secrets d'amour de l'Orient. Mais toutes ces beautés devront tenir dans une boîte à mouches qu'elle lui remet et dans laquelle elle glisse une mouche, "la Majestueuse", en guise de "talisman de taffetas".
Zérène accepte le défi. Au labyrinthe ensorcelant de la séduction succède donc une quête labyrinthique, d'île en île, dont témoignent des "Lettres édifiantes et curieuses" et un "Carnet de beautés" où, au fusain, à la sanguine mouillée ou à la craie pastel, Zérène va multiplier les miniatures épicées. Un voyage baroque et fantasque au pays des merveilles de la subtilité amoureuse...
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Immense et fantasmatique jeu de l'oie mettant en scène le parcours libertin du plaisir autant qu'il poétise la géographie amoureuse du corps féminin, Grains de beautés secrète un faire voir, recueille des visions flottantes que mûrissent les palpitations lancinantes du désir comme la musique des soupirs; condense aussi, en grains de matière, la beauté affriolante de ce qui enivre un regard, tout en livrant la clé plastique d'une érotique. C'est brûlant, incarné dans l'hallucination du détail. Frédéric Clément, qui fut longtemps dessinateur et illustrateur manie avec brio la touche, une touche qui exalte la matière et la couleur, fait délice de sa phrase. Grains de beautés révèle de manière joyeusement impertinente et décalée, notre faim, et notre quête toute moderne, de jouissance. Jusqu'à la dernière île, "île cachée, le grain sacré/salé, le but du Merveilleux Voyage. "
Zérène accepte le défi. Au labyrinthe ensorcelant de la séduction succède donc une quête labyrinthique, d'île en île, dont témoignent des "Lettres édifiantes et curieuses" et un "Carnet de beautés" où, au fusain, à la sanguine mouillée ou à la craie pastel, Zérène va multiplier les miniatures épicées. Un voyage baroque et fantasque au pays des merveilles de la subtilité amoureuse...
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Immense et fantasmatique jeu de l'oie mettant en scène le parcours libertin du plaisir autant qu'il poétise la géographie amoureuse du corps féminin, Grains de beautés secrète un faire voir, recueille des visions flottantes que mûrissent les palpitations lancinantes du désir comme la musique des soupirs; condense aussi, en grains de matière, la beauté affriolante de ce qui enivre un regard, tout en livrant la clé plastique d'une érotique. C'est brûlant, incarné dans l'hallucination du détail. Frédéric Clément, qui fut longtemps dessinateur et illustrateur manie avec brio la touche, une touche qui exalte la matière et la couleur, fait délice de sa phrase. Grains de beautés révèle de manière joyeusement impertinente et décalée, notre faim, et notre quête toute moderne, de jouissance. Jusqu'à la dernière île, "île cachée, le grain sacré/salé, le but du Merveilleux Voyage. "
© Richard Blin
(extrait de l'article paru dans
le "Matricule des Anges" n°83 )
( Richard Blin que je remercie chaleureusement d'avoir si bien senti et capté cette errance de Zérène et ses/mes mots frémissants, tremblés, haletants... fragiles ? )
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18:55 Écrit par frédéric clément dans Rayon Grains de beauté(s) | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : Frédéric clément, littérature, livres, écriture, jonque, voyage, grains de beautés |
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